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Souvenirs d’homicides
23 février 2010 par
Selon les résultats d’une étude canadienne, certains meurtriers éprouveraient subjectivement plus de difficultés de mémoire concernant le crime que ne l’indique l’analyse objective de leurs souvenirs.
Une équipe de psychologues canadiens (Woodworth, Porter, ten Brinke, Doucette, Peace & Campbell, 2009) a proposé à cinquante hommes condamnés et incarcérés pour homicide de décrire leurs souvenirs du meurtre, d’une infraction non violente et d’un évènement heureux de leur vie.
Par rapport aux deux autres évènements personnels, les participants indiquent que les homicides ont été vécus avec un niveau de stress et d’anxiété plus élevé. Ils estiment aussi que leurs souvenirs du meurtre et de l’évènement positif comportent un plus grand nombre d’informations sensorielles que ceux de l’infraction non violente.
Environ un tiers des prisonniers rapporte avoir éprouvé des trous de mémoire concernant l’homicide depuis qu’il a eu lieu, particulièrement chez ceux présentant des tendances à la dissociation [1]. Ce taux est significativement plus élevé que celui relevé pour les souvenirs des deux autres évènements personnels. Pourtant, l’analyse objective des descriptions montre clairement que les souvenirs du meurtre sont les plus détaillés (voir figure ci-dessous) et les plus longs.
Les fortes émotions éprouvées au moment du meurtre améliorent donc la mémoire du crime. De plus, les défaillances de la mémoire ressenties par certains prisonniers à propos de l’homicide ne sont pas confirmées par l’analyse objective de leurs souvenirs. Ces personnes présenteraient ainsi des difficultés à évaluer la qualité de leurs souvenirs du crime, traduisant ce que les chercheurs appellent un échec de la métamémoire [2].
« Un examen plus détaillé et objectif des caractéristiques des souvenirs est une meilleure stratégie à adopter afin de vérifier la présence de toute difficulté mnésique », concluent les auteurs (p. 333, notre traduction).
Références :
Giesbrecht, T., Lynn, S. J., Lilienfeld, S. O., & Merckelbach, H. (2008). Cognitive processes in dissociation : an analysis of core theoretical assumptions. Psychological Bulletin, 134(5), 617-647.
Woodworth, M., Porter, S., ten Brinke, L., Doucette, N. L., Peace, K., & Campbell, M. A. (2009). A comparison of memory for homicide, non-homicidal violence, and positive life experiences. International Journal of Law and Psychiatry, 32(5), 329-334.
Mots clés :
Homicide – Mémoire – Amnésie – Prisonniers – Émotion – Métamémoire — Stress traumatique – Adultes
À lire également sur PsychoTémoins :
L’amnésie, le criminel et l’expert
[1] La dissociation est un manque d’intégration normale des pensées, des sentiments et des expériences dans la conscience et la mémoire (Giesbrecht, Lynn, Lilienfeld & Merkelbrach, 2008)
[2] La métamémoire correspond aux connaissances que nous possédons sur la mémoire ainsi qu’aux processus de contrôle et de regulation du contenu et du fonctionnement mnésique.
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