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Questionner un enfant : la pyramide inversée
30 mars 2009 par
Questionner efficacement un enfant consisterait à l’interroger d’abord par des questions générales, puis par des questions plus ciblées. Certaines formes de questions spécifiques seraient néanmoins plus appropriées que d’autres.
Dans une étude parue dans Legal and Criminological Psychology, Steven Horowitz [1] compare l’efficacité relative de différentes formes de questions pour obtenir des informations détaillées et précises pendant l’entretien avec un enfant.
Dans ce travail de recherche, des enfants âgés de 5 à 7 ans et de 10 à 12 ans doivent se souvenir d’une expérience de psychologie à laquelle ils ont participé une semaine plus tôt. Pour recueillir leurs témoignages, l’interviewer utilise trois types de questions :
les questions ouvertes : questions générales permettant à l’enfant de relater librement les faits (par exemple : « Raconte-moi tout ce qui s’est passé la semaine dernière ») ;
les questions directes, focalisées sur un aspect spécifique des faits ;
les questions mixtes, combinant une question directe suivie d’un récit libre ; elles peuvent faire référence à un fait relaté précédemment par l’enfant lui-même (invitations avec indice – cued invitations) ;
Les résultats montrent, notamment, que les questions ouvertes permettent aux enfants de produire des témoignages plus longs que les questions directes. Les questions mixtes se situent à un niveau intermédiaire sur cet aspect.
Les données indiquent également que l’ordre de présentation des différentes formes de questions est important. Les plus jeunes enfants de l’étude commettent un nombre supérieur d’erreurs de commission (rapporter des faits inexistants) dans les questions ouvertes quand celles-ci sont précédées par une phase de questionnement direct. Par contre, les questions mixtes n’ont pas d’effet similaire sur le questionnement ouvert subséquent.
Les invitations avec indice, questions mixtes réitérant une information précédemment relatée par l’enfant lui-même, provoquent un moins grand nombre d’erreurs d’omission (ne pas relater certains faits) que les questions mixtes standard, sans accroître le nombre d’erreurs de commission.
En résumé, cette étude confirme l’intérêt de questionner les enfants en utilisant la stratégie de l’entonnoir ou de la pyramide inversée : commencer l’entretien par des questions générales, puis passer à des questions plus ciblées si le questionnement ouvert n’a pas été suffisant. L’entretien plus spécifique devrait alors se dérouler en faisant préférentiellement usage de questions mixtes, se focalisant sur certains aspects des faits, mais permettant à l’enfant d’en faire un récit libre. Dans ce cadre, l’utilisation d’invitations avec indice, réitérant une information précédemment relatée par l’enfant, serait une technique particulièrement intéressante.
Référence :
Horowtiz, S.W. (2009). Direct, mixed and open questions in child interviewing : An analog study. Legal and Criminological Psychology, 14(1), 135-147.
Mots clés :
Témoignage oculaire – Entretien – Questions ouvertes – Questions mixtes – Questions directes - Enfants d’âge préscolaire – Enfants d’âge
Crédit photo :
Eleaf
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)
[1] Département de psychologie de l’Université Centrale de l’État du Connecticut à New Britain, États-Unis.
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