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Témoignage d’enfants : confusion entre rumeur et réalité
14 janvier 2008 par
Une rumeur créée par les enfants modifie leur propre témoignage mais aussi celui de leurs camarades de classe à qui ils l’ont communiquée.

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Crédits photo : sparkleice Certains droits réservés : Licence Creative Commons
Gabrielle Principe, du College Ursinus à Collegeville aux Etats-Unis, dirige un programme de recherche dont l’objectif est d’étudier l’influence de la rumeur sur le témoignage des enfants. L’une des deux expériences déjà publiées (Principe et al., 2006) montre que les enfants de 3 à 5 ans sont facilement trompés par une rumeur concernant un événement inexpliqué quand elle est propagée directement par des adultes ou par des pairs ayant entendu ces adultes en parler. Ils s’en souviennent comme s’il s’agissait d’une expérience personnelle réelle, en y ajoutant même des détails fictifs. Une autre expérience (Principe et al., 2007) indique que les enfants de 3 à 4 ans sont plus vulnérables à une rumeur qui contredit une explication qu’il possède déjà, que les enfants de 5 à 6 ans. Lorsqu’ils ne disposent pas d’explication préalable, les deux groupes d’enfants y sont tout aussi sensibles.
Dans une nouvelle étude, publiée dans le Journal of Experimental Child Psychology, Gabrielle Principe et ses collègues ont étendu leur travail à une autre forme de rumeur. Dans les deux expériences précédentes, celle-ci est propagée directement ou indirectement par des adultes. Ici, ce sont les enfants eux-mêmes qui vont la créer à partir d’indices leur permettant d’inférer les causes possibles des événements inexpliqués. Les enfants les plus âgés de cette étude (de 5 à 6 ans) sont les plus affectés par cette forme de rumeur, dont l’effet sur la mémoire est conçu par les auteurs comme une forme d’autosuggestion. Ils finissent par croire réellement avoir été témoins des épisodes échafaudés par eux-mêmes une semaine auparavant ! De leur côté, les enfants plus jeunes (de 3 à 4 ans) sont plus nombreux à penser avoir observé les épisodes explicatifs élaborés et propagés naturellement par leurs camarades de classe, comparativement aux enfants plus âgés placés dans la même situation.
Les résultats de Gabrielle Principe et de ses collaborateurs se posent comme un véritable défi pour le recueil des témoignages. Des techniques, comme l’usage des questions ouvertes, permettent d’éviter les influences suggestives pendant un entretien. Cependant, les réponses à ces questions peuvent déjà contaminées par les suggestions et autosuggestions ayant eu lieu avant l’interrogatoire.
Références :
Principe, G.F., Guiliano, S., & Root, C. (2008). Rumor mongering and remembering : How rumors originating in children’s inferences can affect memory.Journal of Experimental Child Psychology, 99, 135-155.
Principe, G.F., Kanaya, Ceci, S.J., & Singh, M. (2006). Believing is seeing : How rumors can enger false memories in preschoolers. Psychological Science, 17, 243-248.
Principe, G.F., Tinguely, A., & Dobkowski, N. (2007). Mixing memories : The effects of rumors that conflict with children’s experiences. Journal of Experimental Child Psychology, 98, 1-19.
Mots-clés :
Témoignage oculaire, Rumeur, Suggestibilité, Autosuggestion, Faux souvenirs, Influence sociale, Enfants
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