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L’effort physique perturbe le témoignage oculaire
14 mars 2012 par
La fiabilité des témoignages serait réduite quand les personnes témoignent à propos d’évènements s’étant déroulés avant et après un effort physique intense.
« Forces de l’ordre, personnel militaire, urgentistes sont souvent confrontés à des incidents qui ne sont pas seulement cognitivement exigeants, mais qui réclament aussi des moments d’effort physique intense […]. Les citoyens qui se retrouvent victimes d’un crime peuvent également se dépenser physiquement pendant une agression ou en essayant de fuir. » C’est à partir de ces constats que l’équipe britannique dirigée Lorraine Hope a mis au point la première expérience testant l’influence de l’effort physique sur le témoignage oculaire.
Dans un centre de formation pour forces de l’ordre, 52 policiers sont tout d’abord informés, par paires, d’une série de vols à main armée. Pendant que son compère d’expérience l’observe (situation contrôle), l’un des participants de chaque paire est ensuite convié à effectuer une série d’assauts physiques sur un sac de boxe jusqu’à ce qu’il manifeste des signes de fatigue (effort physique).
Puis, sur le trajet les amenant vers les lieux d’une intervention scénarisée, chaque participant croise un individu sans importance pour la suite du scénario. Arrivé sur place, le policier est agressé verbalement par le locataire (individu critique) d’une caravane, dans laquelle plusieurs armes sont entreposées.
Après cela, de nouvelles informations sur les vols à main armée sont communiquées aux participants. Quelque temps plus tard, ils répondent à plusieurs questions sur le « briefing » initial et sur le « briefing » complémentaire. Ils doivent ensuite essayer de se rappeler de tout ce dont ils se souviennent de l’incident scénarisé, de l’individu critique et du personnage sans importance. Puis, il leur est demandé de participer à une séance de tapissage durant laquelle ils doivent identifier ou non l’individu de la caravane (dont la photographie est bien présente dans la parade).
Les policiers s’étant dépensés physiquement se souviennent d’un moins grand nombre d’informations correctes et sont moins précis quand ils se rappellent les faits et les individus croisés pendant l’expérience que les policiers du groupe contrôle. Dans le tapissage, leurs témoignages sont aussi moins fiables (voir tableau ci-dessous).
| Identification correcte | |
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| Identification d’un figurant | |
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| Pas d’identification | |
Les chercheurs pensent que l’éveil physiologique provoqué par l’effort physique aurait compromis les ressources cognitives disponibles des policiers. Aussi, pendant l’altercation, ceux-ci auraient surtout porté leur attention sur les risques environnementaux immédiats. En effet, les résultats montrent que les policiers ayant accompli un effort physique se souviennent tout aussi bien des armes présentes sur les lieux que les policiers du groupe contrôle, alors que leur mémoire de l’auteur de l’agression verbale est moins fiable.
La dépense physique a également perturbé la mémoire les informations communiquées pendant le briefing précédant et suivant l’effort, un résultat que les chercheurs jugent inquiétant dans le cadre d’interventions réelles de policiers sur le terrain.
Référence :
Hope, L., Lewinski, W., Dixon, J., Blocksidge, D., & Gabbert, F. (2012). Witnesses in action : The effect of physical exertion on recall and recognition. Psychological Science, 23(4), 386-390. doi:10.1177/0956797611431463
Mots clés :
Témoignage oculaire – Effort physique – Mémoire – Attention – Cognition – Policier - Adultes
Crédit image :
Gabriella Cameroti
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)
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