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Fiche théorique n° 1. Reconnaissance interethnique des visages : le modèle catégorisation-individuation
22 décembre 2010 par
Pour quelles raisons un observateur reconnaît-il moins facilement les visages de personnes issues de groupes ethniques différents du sien ? Catégorisation sociale, motivation et expériences d’individualisation agiraient de concert pour provoquer ce phénomène.
Objectif
Le modèle Catégorisation-Individualisation (CIM) de Hugenberg, Young, Bernstein, & Sacco (2010), est un modèle de la reconnaissance interethnique des visages, proposant que plusieurs processus agissent de concert pour provoquer les difficultés de reconnaissance de visages issus d’une ethnie différente de celle de l’observateur (« other-race effect » – ORE).
CIM est conçu afin de synthétiser les preuves existantes concernant l’ORE, et comme un cadre intégratif pour comprendre les facteurs pouvant moduler la reconnaissance des visages ME (même ethnie) et AE (autre ethnie).
Le modèle CIM
Cœur du modèle
Dans CIM, l’origine d’ORE se situe dès la mémorisation (encodage) des visages.
- À ce moment, l’attention est dirigée vers des caractéristiques faciales différentes selon l’origine ethnique des visages :
- En présence de visages ME, l’attention est sélectivement dirigée vers les propriétés permettant de les individualiser ;
- L’individualisation des visages ME permet de mieux les distinguer entre eux, ce qui améliore leur reconnaissance.
- En présence de visages AE, l’attention est sélectivement dirigée vers les propriétés communes du groupe ethnique auquel appartiennent ces visages (par exemple, la couleur de peau).
- L’attention portée sur les attributs communs des visages AE ne permet pas de les individualiser, ce qui détériore leur reconnaissance.
- En présence de visages ME, l’attention est sélectivement dirigée vers les propriétés permettant de les individualiser ;
Les déterminants de l’attention sélective dans le cas de l’ORE
Le modèle considère que l’attention sélective portée sur les différentes propriétés faciales (catégorielles ou individuelles) est déterminée par l’action collective de différents processus : catégorisation, motivation et expériences d’individualisation.
- Cet aspect de la théorie permet de comprendre pourquoi, dans certaines situations, ORE est atténué :
- soit par une meilleure reconnaissance des visages AE ;
- soit par une moins bonne reconnaissance des visages ME.
La catégorisation. L’activation spontanée de la catégorie à laquelle appartient un visage constitue l’étape initiale dans CIM.
- En activant une catégorie sociale, l’attention est attirée par les propriétés de cette catégorie.
- Parce que les visages AE activent plus fortement que les visages ME la catégorie à laquelle ils appartiennent, une plus grande attention sera portée à leurs propriétés catégorielles et une moins grande attention à leurs propriétés individuelles.
- Ce phénomène provoque une plus grande confusion entre visages AE qu’entre visages ME.
- CIM prédit néanmoins que cet effet peut apparaître à la fois pour les visages ME et AE.
- Les situations suscitant une plus forte activation de la catégorie d’appartenance de visages ME devraient provoquer une homogénéisation de ces visages. Dans ces circonstances, les visages ME sont moins bien reconnus.
- CIM prédit néanmoins que cet effet peut apparaître à la fois pour les visages ME et AE.
- Ce phénomène provoque une plus grande confusion entre visages AE qu’entre visages ME.
- Parce que les visages AE activent plus fortement que les visages ME la catégorie à laquelle ils appartiennent, une plus grande attention sera portée à leurs propriétés catégorielles et une moins grande attention à leurs propriétés individuelles.
La motivation. Elle joue un rôle dans ORE en dirigeant l’attention des observateurs vers les propriétés catégorielles ou individuelles des visages.
- Les catégories servent de signal pour savoir si un visage est important ou non pertinent.
- Certaines catégories (par exemple, les visages ME) signalent que l’identité d’un visage est importante pour interagir.
- L’attention est dirigée vers les propriétés individuelles du visage.
- D’autres catégories (par exemple, les visages AE) signalent que l’identité d’un visage est moins pertinente.
- L’attention est dirigée vers les propriétés catégorielles du visage.
- Les observateurs sont habituellement plus motivés à encoder l’identité des visages ME que celle des visages AE.
- Les visages ME sont donc mieux reconnus.
- Certaines catégories (par exemple, les visages ME) signalent que l’identité d’un visage est importante pour interagir.
- Certains indices situationnels peuvent motiver les observateurs à rediriger leur attention vers les propriétés individuelles de visages AE, au moins temporairement, tout particulièrement quand l’identité de personnes AE devient importante pour l’observateur.
Les expériences d’individualisation : les expériences antérieures de discrimination entre visages influencent ORE.
- Les personnes ont plus souvent l’occasion d’apprendre à distinguer les visages ME que les visages AE.
- Par conséquent, ils sont plus à même d’extraire les propriétés individuelles des visages ME que celles des visages AE.
- L’expertise dans la discrimination des visages ME ne se généralise pas à la discrimination des visages AE, car les dimensions permettant d’individualiser les visages de ces groupes ne sont pas identiques.
- Aussi, seul le niveau d’expériences d’individualisation de visages AE détermine l’efficacité avec laquelle les observateurs sont capables d’extraire les propriétés individuelles de ces visages
- Par conséquent, ils sont plus à même d’extraire les propriétés individuelles des visages ME que celles des visages AE.
- Selon CIM, les expériences acquises d’individualisation sont utilisées seulement si les observateurs sont réellement motivés à individualiser les visages.
| Points clés
|
Applications en psychologie légale
Identification de suspects ;
Portraits-robots.
Référence
Hugenberg, K., Young, S. G., Bernstein, M. J., & Sacco, D. F. (2010). The categorization-individuation model : An integrative account of the other-race recognition deficit. Psychological Review, 117(4), 1168-1187.
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