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Émotions négatives et témoignage oculaire
13 juillet 2012 par
Les relations entre émotion et mémoire sont complexes, ce que confirme une nouvelle étude sur le témoignage oculaire (Houston, Clifford, Phillips, & Memon, 2013). Dans la première expérience, un groupe de participants visionnent une vidéo suscitant des émotions négatives : une vieille dame est attaquée par un homme qui lui dérobe son sac à main contenant l’argent qu’elle vient de retirer à un distributeur automatique. L’autre groupe de participants visionne une vidéo émotionnellement neutre : un homme aborde une vieille dame pour lui demander l’heure. Vingt minutes plus tard, les sujets sont invités à se souvenir librement du contenu de la vidéo.
Les résultats montrent que les émotions négatives influencent différemment la mémoire en fonction du type de détails à rappeler (voir Encadré pour une présentation synthétique des résultats de l’expérience). En particulier, les sujets du groupe « Émotion négative » décrivent de manière plus exhaustive l’apparence physique de l’homme, mais se souviennent moins bien de ses actions que les sujets du groupe « Émotion neutre » . Le type d’émotion ressentie n’influence pas la précision des souvenirs portant sur l’apparence de l’homme.
La seconde expérience confirme le fait que les descriptions de l’homme sont plus complètes quand les participants ont assisté à une infraction provoquant des émotions négatives. Pourtant, ce sont aussi ces participants qui commettent le plus d’erreurs dans une parade d’identification au cours de laquelle ils doivent reconnaître ou non le personnage masculin de la vidéo : celui-ci est identifié dans 27,1 % des cas, alors qu’un figurant est identifié par erreur dans 47, 5 % des cas. L’inverse est vrai chez les participants ayant visionné la scène émotionnellement neutre : 24,6 % d’entre eux ont identifié par erreur un figurant, et 40,4 % ont identifié l’homme.
L’émotion influencerait donc de manière différente la mémoire des personnes en fonction du type de mesure utilisée (rappel libre de la description physique de l’homme versus tapissage de police). Autrement dit, la qualité des descriptions d’une personne ne présage pas de l’aptitude d’un témoin oculaire à identifier avec justesse un suspect coupable dans une parade d’identification !
Quand, dans la parade d’identification, l’homme vu dans la vidéo est remplacé par un individu lui ressemblant (suspect innocent), aucune différence n’est constatée entre les deux groupes de participants.
| Fiche résultats : Expériences de Houston et al. (2013)
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Référence :
Houston, K. A., Clifford, B. R., Phillips, L. H., & Memon, A. (2013). The emotional eyewitness : The effects of emotion on specific aspects of eyewitness recall and recognition performance. Emotion, 13(1), 118-128. doi:10.1037/a0029220
À lire également sur PsychoTémoins :
Sous-rubrique Actualités de la recherche – Parades d’identification
Sous-rubrique Actualités de la recherche – Entretiens et interrogatoires
Mots clés :
Témoignage oculaire - Emotions négatives - Description - Rappel libre - Reconnaissance - Parade d’identification - Tapissage - Mémoire - Cognition - Adultes
Crédit photo :
Brèves
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